
On ne sait plus qui fait quoi !
Nous nous habituons. Aux hôpitaux saturés, aux professeurs épuisés, aux logements qui manquent, à une jeunesse qui va mal. Il est temps d’arrêter de s’y habituer.
La cause n’est pas les personnes : c’est une organisation devenue illisible. Vous la vivez sans doute chaque jour. Racontez-nous.
Tout le monde fait tout
Chacun se mêle de tout, agit sur tout. Les organismes se multiplient, les compétences se superposent entre l’État, les collectivités territoriales et les partenaires sociaux.
Pour une même démarche, les interlocuteurs se succèdent. Le citoyen ne sait plus à qui s’adresser ; les professionnels passent leur temps à coordonner.
Pour financer un même projet, il faut réunir plusieurs financeurs. Chacun pose ses conditions, les réunions se multiplient, les délais s’allongent et les coûts augmentent : ce cofinancement généralisé est le symptôme de notre désorganisation.
Un exemple : le commissariat de Boulogne-Billancourt
L’État repère un commissariat délabré et le déclare prioritaire. Faute de moyens, il part à la recherche de cofinancements : la ville, l’agglomération, le département, la région, les fonds européens, le ministère de l’Intérieur, Bercy.
Résultat : des réunions à n’en plus finir, un coût qui augmente parce que chaque financeur impose sa vision, et un bâtiment qui ne correspondra plus aux besoins.
C’est un problème d’organisation
L’école, le logement, les hôpitaux, la justice, la protection de l’enfance : les difficultés traversent les grands domaines de la vie quotidienne.
Tout cela est fait par des gens de bonne foi, honnêtes, intelligents et qui travaillent. C’est donc un problème d’organisation.
« Ce n’est pas un problème de gouvernement, c’est un problème de gouvernance. »
Il ne s’agit pas d’un excès de fonctionnaires, mais d’une organisation fragmentée qui multiplie les coûts de coordination, de communication et de justification. Cette évolution n’est pas la faute du personnel administratif. C’est un problème de vision. Il faut décloisonner.
Centralisé dans ses normes, émietté dans son action
Contrairement à ce qu’on croit, la France n’est pas un pays centralisé : elle est devenue une organisation publique très émiettée.
Chaque étape avait du sens : construction européenne, régions, départements, intercommunalités, autorités administratives indépendantes, paritarisme. Mais mises bout à bout, elles ont produit un système illisible, où rien n’a jamais été réellement transféré.
Le pouvoir d’impulsion et de contrôle est resté à Paris, sans la capacité d’agir, la responsabilité ni la confiance.
De la confusion à la défiance
La désorganisation ne coûte pas seulement de l’argent : elle détruit la confiance.
- L’éparpillement crée la méfiance,
- la méfiance crée le reporting,
- le reporting appelle le contrôle,
- puis l’inspection,
- et enfin la mise en cause.
Quand un seul type de regard finit par dominer, on n’a plus aucune chance de prendre les bonnes décisions. Les personnes ne sont pas en cause : c’est une culture du contrôle qui produit inévitablement des normes.
La métaphore de la ruche
La vie, c’est comme une ruche : il faut des abeilles. Les abeilles vont chercher du sucre dans des fleurs différentes : c’est cette diversité qui fait la vie.
La communauté meurt lorsque la pollinisation disparaît, c’est-à-dire lorsqu’un seul regard finit par dominer.
La question fondamentale est simple : qui fait quoi ? Chaque citoyen devrait savoir à qui s’adresser pour un logement, une place en crèche, un accompagnement éducatif, une activité sportive ou un problème de santé.
Résoudre les dysfonctionnements fondamentaux du pays
Aujourd’hui, le budget est au centre des débats publics. Mais ce à quoi il faut s’atteler, c’est à résoudre les dysfonctionnements fondamentaux du pays.
Une règle d’or : les systèmes incohérents sont des systèmes ruineux.
Ce qui est utopique, c’est de penser qu’en ne changeant rien, sauf des visages ou des rustines, le résultat sera différent.
Réorganiser, simplifier, définir qui est responsable de quoi : retrouver une organisation compréhensible, qui permette d’agir.